La Vienne Rurale 16 septembre 2016 à 09h00 | Par Élisabeth HERSAND

«On ne va pas dans le mur... mais dans le précipice»

Il y a quelques mois, Dominique Marchand tirait la sonnette d’alarme face à une ferme Vienne «au bord du dépôt de bilan».Le président de la Chambre d’agriculture constate aujourd’hui que la situation est encore pire.

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- © Élisabeth Hersand

500 euros par hectare. C'est selon Dominique Marchand la perte moyenne des agriculteurs de la Vienne. Un bilan provisoire, puisque les récoltes de maïs, tournesol melon et vignes ne sont pas entrées dans le décompte… Après deux années particulièrement moyennes, le coup est donc vraiment très dur. Et pour toutes les filières. «Finalement, il n'y a que les ateliers très spécialisés en caprin, ovin ou en circuit court qui ne sont pas dans le rouge» ajoute le président de la Chambre d'agriculture de la Vienne. Au final, c'est donc entre 80 et 90 % des exploitations de la Vienne qui sont en grande difficulté. «Je ne sais pas si on peut tomber plus bas» soupire le céréalier du Nord Vienne. «j'espère qu'on est au plus bas, mais au printemps déjà on pensait qu'on avait touché le fond, mais on se trompait malheureusement… On ne va pas dans le mur, mais dans le précipice». Après les récoltes catastrophiques de cet été, la situation a en effet empiré. Dans le département, seulement 1 200 agriculteurs, soit un sur quatre, étaient assurés contre les aléas climatiques. Et même ces assurés n'auront pas forcément d'indemnisation très importante, en raison du système de capital à l'hectare.  «La colère est passée chez les agriculteurs. C'est pire désormais, car c'est l'abattement. Dans les campagnes, on voit des surfaces non travaillées. On trouve des agriculteurs chez eux, dans l'après-midi.»
Des solutions ?«Je suis peut-être naïf, mais oui, je crois que des solutions existent» lance Dominique Marchand. Selon lui, tout est dans les mains des politiques. «Ils doivent faire des choix. Depuis le Grenelle, l'agriculture est regardée par le prisme  de l'environnement. Ça ne me gêne pas qu'on parle de développement durable. Mais il faut aussi voir le volet économique. Dans la loi avenir, il n'y a rien sur l'économie. Pourtant l'agriculture française, c'est 13 milliards. Les aléas climatiques vont faire perdre entre 3 et 7 milliards. Alors que veut faire le gouvernement ? C'est quand même un enjeu primordial. C'est l'avenir du monde rural. Ce qui se passe aura forcément des conséquences sur les autres organisations professionnelles agricoles, les banques…» S'il n'évoque pas de mesure particulière, Dominique Marchand assure que les solutions doivent concerner la PAC, la gestion des risques et des crises, ainsi que la compétitivité. «Il nous faut des mesures à moyen terme. Et malgré l'échéance présidentielle, il est encore temps de nous les apporter».  Plus localement, le président de la chambre d'agriculture de la Vienne évoque le soutien du conseil départemental, qui organise notamment une conférence le 3 octobre prochain, à Chauvigny. «L'assemblée départementale est à notre écoute, et elle pourra peut-être nous aider à être entendus par le conseil régional». Dominique Marchand regrette en effet qu'aucun soutien n'ait été proposé par la Nouvelle-Aquitaine suite aux aléas climatiques. Peut-être une conséquence de l'éloignement géographique de cette nouvelle grande région...

Avec la ferme s'invite, le national Limousin et le Top agriculture, nous mettons en place une grande opération de communication. C'est aussi une façon de montrer que le monde agricole se serre les coudes.» a précisé Dominique Marchand en réponse à ceux qui pourraient être surpris du maintien de tels évènements dans le contexte actuel. «Et des interventions comme celle de Michel Barnier, c'est primordial. On a besoin d'entendre des perspectives, des analyses»

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